Samedi 30 Juin 2012 à 21h00

Duo Joëlle LÉANDRE – Géraldine KELLER.
Improvisation Musique Contemporaine

Contrebasse & Chant 
Joëlle LÉANDRE et Géraldine KELLER joueront “acoustique” c’est-à-dire sans sono, pour donner à leur cordes (vocales et métal) toute la qualité que permet l’acoustique exceptionnelle des lieux. Bel hommage à une conception architecturale et sonore de plus de huit cents ans !

Monstres sacrés et stars internationales de l’improvisation, elles désenchainent les limites de la musique et du cri, elles explorent insatiables les insondables possibles de l’invention musicale, elles ouvrent toutes les frontières – murmurées ou rugies – des cordes, vocales et métal…


L’IMPROVISATION - INTERVIEW de Joëlle LÉANDRE par Stéphane OLLIVIER – Extrait
JAZZ MAGAZINE JAZZMAN – N° 615 – JUIN 2010
La grande Affaire de votre vie c’est l’improvisation…
C’est essentiel. L’improvisation, c’est de la composition, c’est de l’écriture orale, dans l’immédiateté du jeu, qui met en branle inconsciemment tout notre savoir, toutes nos connaissances. Je dis toujours que l’improvisateur devrait connaître toutes les musiques. Pas savoir les jouer. Les avoir à disposition. Après tu composes dans l’instant, exactement comme tu inventes ta vie. Vivre, comme jouer, c’est sélectionner parmi tous
les possibles et décider sur le champ. Ce qui suppose évidemment une grande connaissance de son instrument.
Mais c’est une maîtrise qu’il faut oublier. Dans le moment de l’improvisation, on est dans une sorte de vide, au bord du ravin, suspendu entre la vie et la mort. Je ne veux pas dire que c’est tragique, mais il y a une telle urgence dans le son que tu as le sentiment de pouvoir en crever… Il arrive de prendre une direction et de ne pas savoir quoi faire pour en sortir. Et là, c’est une question de rapidité. Il n’y a pas plus réactif qu’un improvisateur. Improviser c’est anticiper, c’est jouer ce que tu ne connais pas encore. Quand tu joues avec d’autres, et c’est pour ça qu’il ne faut pas être trop nombreux en situation d’improvisation libre, tu entres non seulement dans des zones intimes que tu ne
connais pas mais tu te mets à l’écoute de l’autre, tu entres en dialogue avec lui et tu deviens un peu lui tandis que lui devient un peu toi. C’est un au-delà des styles : c’est l’individus confronté à ses “contenus” – ses hésitations, ses peines, ses frustrations, ses drames, ses pulsions… – et aux limites de l’autre. Quand on improvise, on suit la musique,

on fait ce qu’on a à faire pour rester en contact et on s’invente différent sans perdre pour autant son intégrité.
Quel modèle politique induit l’improvisation ?
La responsabilité. Ce n’est pas la liberté. D’ailleurs je conteste ce mot de “free music” qui nous vient des anglais.
On n’est pas libre. L’instrument t’impose sa pratique. Une trompette a sa forme, sa phraséologie, ses modes
d’attaque, tu peux t’emparer de toute cette tradition et essayer de la renouveler, mais tu n’es pas libre de faire ce que tu veux. Free Music ne veut rien dire. L’improvisation, c’est autre chose. C’est un boulot de chaque instant, un art très exigeant fondé sur une vraie réflexion, et qui induit un point de vue sur le monde aussi bien politique que poétique. Improviser ne s’improvise pas. C’est avoir une attitude responsable face au monde, qui embrasse toutes les dimensions de ton être, toutes les strates de ta mémoire, tous les événements de ton présent, ta vie même. Parce qu’on n’arrête pas d’improviser dans une journée. Il faudrait que les gens prennent le temps de considérer leur vie, ils s’apercevraient que l’improvisation est un des moteurs de leurs quotidien. Mais beaucoup de gens préfèrent dormir.
Parcequ’il faut pouvoir en assumer les risques…
Oui bien sûr… L’improvisation c’est se confronter à la perte . C’est parfois être perdu et jouer quand même, faire avec ses ratages…
Et vous aimez vous perdre…
Oui, c’est moteur. Ce qui m’a le plus appris, c’est de partir. Ce moment où je suis paumée dans une ville, où je ne comprend pas la langue, où il n’y a plus que moi et ma persuasion, seul avec mon totem en boiss. Et bien, c’est là que l’on grandit le plus. Parce que si l’on est au Japon, pour s’en sortir on est oblig»é de se faire un peu japonais, d’aimer l’autre, et c’est l’autre quivous permet de vous découvrir, de vous connaître un peu. C’est ça la musique que l’on fait : un processus où l’on devient chacun un petit morceau de l’autre et de cette mosaïque naît une plus grande appréhension de soi-même. C’est pourquoi il ne faut jamais dire non à ce que l’on vous propose. Au risque de se perdre, de passer par des moments de grande solitude et de grande détresse . Mais déns cette perte de soi,
ongzégne la poétique. On est perdu, aklors on se tait. On entre dans un silence. Et l’on écoute. Et l’on entend. Et un autre monde s’ouvre à vous.